« Le GRIS pour moi, c’est tellement de choses que je trouve importantes. C’est la possibilité d’aider de jeunes gais et lesbiennes qui pensent, comme je le pensais durant mon adolescence, qu’ils sont les seuls au monde et qu’ils ne seront jamais heureux. C’est le privilège d’ouvrir l’esprit des jeunes qui nous écoutent en détricotant des préjugés sur l’homosexualité mais aussi sur la sexualité en général, sur les rôles homme-femme, sur les différences entre les êtres humains. C’est la satisfaction d’être écouté, d’être compris et parfois même d’être applaudi pour quelque chose qui nous a fait tant souffrir dans le passé. C’est la surprise (et ensuite la joie) de faire connaissance avec l’autre solitude du milieu homosexuel – les lesbiennes – qu’on connaît si peu, malheureusement. C’est le bonheur de se sentir utile par le seul fait d’exister et d’accepter de le raconter simplement. C’est même, oserais-je le dire, la conviction de faire avancer la société de quelques pas, de faire de ce monde un monde meilleur, pour ceux qui y croient encore. Et je suis de ceux-là.
Le GRIS, c’est aussi l’estime de soi et l’assurance en hausse. C’est l’individualisme et l’égoïsme en baisse.
Le GRIS, c’est surtout beaucoup, beaucoup de générosité en même temps de la part de beaucoup de gens aux qualités humaines exceptionnelles.
Ça a l’air trop pour un seul organisme? Pourtant, c’est vraiment tout ça. Et je suis très fier d’en faire partie et d’y contribuer du mieux que je peux. »
- Robert Pilon
«Je suis arrivé au GRIS en septembre 2001 et suis devenu intervenant dans le courant de l’année scolaire 2001-2002. À chaque fois que je sors d'une classe, je suis rempli d'énergie et je me sens « utile » parce que je sais que j'ai contribué à ce que chaque élève devant moi fasse un petit pas pour mieux comprendre les gais et lesbiennes. Tous ces petits pas font reculer d'autant l'homophobie. Les interventions en classe sont un enrichissement mutuel extraordinaire! »
- Stéphan Giroux
« C'est très stimulant pour moi d'aller parler de mon vécu dans les écoles, de penser que je peux rejoindre un jeune en questionnement et de pouvoir lui donner accès aux ressources existantes. Si les intervenants du GRIS étaient venus dans ma classe, mon coming out aurait été plus rapide et plus facile. Démystifier l'homosexualité ça m'a toujours tenu à cœur. Au GRIS, je retrouve des amis, une famille qui partage cette cause. Je retire énormément de gratitude à être bénévole. Ça n'a pas de prix. J'espère être au GRIS encore très, très longtemps. »
- Chantal
« À 20 ans, je n’aurais pas imaginé qu’un jour, je serais ici au Québec, en train de parler de mon homosexualité aux étudiants adolescents et surtout de leur parler en français. Je suis Mexicain et je suis arrivé à Montréal en 2001 à l’âge de 31 ans. Participer au GRIS m’a permis de connaître beaucoup d’amis, d’améliorer mon français et d’augmenter l’assurance en moi-même. J’ai déjà fait plusieurs interventions et j’ai participé pour la première fois de ma vie à la parade de la Fierté. Tout cela me permet d’accélérer mon processus d’intégration à cette belle société québécoise. »
- René
« Pour moi, c'est une opportunité extraordinaire d'appartenir au Gris et d'aller accompagner d'un gai répondre aux questions des jeunes. Une opportunité de me laisser toucher par les questions: « Qui fait l'homme, qui fait la femme dans mon couple? », « Pensez-vous vous marier? », « Voulez-vous des enfants? ». Une opportunité de répondre chaque fois avec ce qui est là présent pour moi et qui évolue constamment. Je suis vraie avec eux, je laisse passer l'émotion, tristesse, joie, peur, selon mon vécu. Et la réciproque s'amorce... J'ai fait partie du dernier défilé de la fierté. Deux jeunes m'ont interpellée en criant: « Madame, madame, vous êtes venue dans ma classe! » Je me suis arrêtée, touchée. Vive le Gris, ces généreux bénévoles et tous ceux qui s'intéressent aux jeunes et qui nous invitent à partager notre histoire. »
- Louiselle
« Pourquoi je crois au travail d’intervenant? Je crois en ce travail parce que les perceptions, les préjugés et les stéréotypes ne changeront pas en restant assis chez moi devant mon téléviseur. Pour que les choses changent, nous devons agir. Ce travail est ma contribution à la société pour que demain soit un pas de plus vers un monde d’acceptation où la différence est acceptée et même recherchée. Je crois aussi à ce travail car je vois et entends les commentaires des élèves, comment le simple fait de venir en classe fait une grande différence dans leurs perceptions. Ces commentaires m’ont démontré que nous faisons une différence pour ceux qui se questionnent sur leur orientation sexuelle et pour les hétérosexuels. Après notre passage, beaucoup d’hétérosexuels disent mieux comprendre le phénomène de l’homosexualité et que certains préjugés qu’ils avaient sont tombés. Le simple fait de lire ces commentaires me donne la motivation de continuer. On dit qu’on se définit par nos actions. Eh bien, je dois dire que c’est vrai. »
- Benoit
« La porte d'une classe de secondaire IV s'ouvre. J'y entre accompagné d'une autre intervenante du GRIS. Le regard des élèves se tourne vers nous. Dans ces regards, il y a de tout, allant de la sympathie à la peur, du questionnement à l'inconfort, de l'étonnement à l'indifférence... Il y a des regards directs mais aussi des regards fuyants... C'est normal, je crois, car on ne se connaît pas. De plus, beaucoup d'élèves connaissent peu ou mal l'homosexualité.
La période des questions commence. Cette période appartient aux élèves. Je ne sais jamais à quoi m'attendre. C’est à la fois insécurisant et excitant
Qui brisera la glace pour poser la première question? Bien sûr, il y a de la gêne. Il y aura peut-être des silences, des rires nerveux, mais les jeunes finissent par apprécier le fait que nous utilisons notre vécu pour répondre à leurs questions et ce, dans le respect de leurs convictions. Avec tout notre cœur, nous leur présentons l'aspect humain de notre sexualité. Pas du théorique, du clinique ou des statistiques.
La période de cours se termine... déjà! Je sors de la classe rempli d'émotions... et de questionnements. Un déséquilibre combien énergisant et stimulant. J'ai déjà hâte à ma prochaine intervention, convaincu que nous pouvons faire une différence... »
- Alain
« 27 janvier, 10h15. École Louis-Joseph Papineau. C'est une belle matinée d'hiver avec beau soleil et pas de vent. Et pas trop froid non plus. Au lieu d'être chez moi à profiter tranquillement de cette journée de congé, je suis là à attendre avec Françoise, l'autre intervenante, que la classe s'installe. C'est ma première véritable intervention devant des étudiants. Ce ne sera pas une simulation et pas une « intervention assistée » non plus.
Je suis nerveux. Je me demande vraiment ce que je suis venu faire ici. Me dévoiler ainsi à toute une classe de jeunes de 14-15 ans. Un groupe avec des « cas difficiles » en plus, comme nous a prévenu le professeur. Le vieux pattern de survie à l'école tente de refaire surface: passer inaperçu, ne pas dévoiler mon attirance pour les autres hommes. Mais ce matin, c'est le monde ou plutôt mon monde à l'envers! Je m'en vais afficher pour plus d'une heure mon homosexualité et me soumettre à leurs questions. Un grand réconfort: je ne suis pas là pour justifier quoi que ce soit. Juste pour témoigner. Témoigner des temps difficiles, des combats intérieurs, des expériences, des doutes, des bonnes et des moins bonnes décisions. Et aussi de l'Amour qui éclaire et réconforte.
À mon grand étonnement, tout se passe bien. Les jeunes ont écouté, plusieurs ont posé des questions. Ils sont repartis avec des connaissances, des préjugés en moins et pour certains avec l'espoir de vivre leur différence et d'être heureux. Et moi, je repars avec quelque chose qui n'a pas de prix: l'estime de soi. Je rachète ces années où la peur d'être découvert m'avait plongé dans ma cachette. Dans le métro qui me ramène chez moi, j'ai l'impression de revoir enfin la lumière. J'ai la larme à l’œil. Et c'est une larme de bonheur. »
- Guy
« Au cours de ma vie, j'ai souvent pensé à devenir professeur pour enseigner en FPS et en morale dans les écoles secondaires, mais mes choix professionnels m'ont emmené dans d'autres directions. Je connaissais le GRIS-Montréal depuis quelque temps déjà quand j'ai décidé de devenir intervenant bénévole pour eux. Par le passé, j'avais assisté à une de leurs interventions à mon cégep et j'avais entendu parler de l'organisme dans le cadre de mon travail (à l'époque, intervenant auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes).
En plus d'avoir la chance de faire de l'éducation auprès d'adolescent-e-s, j'ai choisi de m'impliquer auprès du GRIS parce que je désirais combattre l'homophobie très présente dans le milieu scolaire et ainsi donner la chance aux jeunes des minorités sexuelles de vivre une adolescence moins difficile et plus ouverte que la mienne. Aussi, au fil de ma formation au GRIS et de mes interventions, je me suis aperçu que notre travail aidait aussi les jeunes hétérosexuel-le-s vivant certains questionnements normaux par rapport à leur propre orientation sexuelle, mais leur évitait aussi des crises qu'ils auraient pu vivre en apprenant l'homosexualité ou la bisexualité d'un-e proche. Enfin, au-delà de l'orientation sexuelle, nos visites en classe suscitent une profonde réflexion sur les préjugés et le droit à la différence dans un contexte plus large. Nos interventions de démystification profitent donc à tout le monde dans la classe; nous avons tous à gagner d'être plus acceptant-e-s face à la différence.
J'ai aussi été surpris par l'immense professionnalisme du GRIS. La qualité de notre formation est exceptionnelle et tous les gens que j'ai vus impliqués dans l'organisme prennent leur travail très à cœur. De plus, le GRIS traite ses bénévoles aux petits oignons. Ayant fait du bénévolat à plusieurs endroits dans ma vie, je peux facilement affirmer que c'est au GRIS-Montréal où j'ai vu le mieux soulignés les efforts de ceux qui donnent de leur temps! »
- Hugo
« Récemment, en entrant dans une classe pour faire une intervention, j’ai vu au fond de la salle un garçon dont le t-shirt affichait : « I throw stones at people like you » ( Je lapide les gens de votre espèce). La phrase m’a ramené plusieurs années en arrière, dans une gare routière de l’Ouest canadien où j’attendais un bus. J’avais alors vu un autre jeune du même âge arborant un chandail qui ordonnait: « Kill a commy for mommy » ( Tue un communiste pour faire plaisir à maman). La haine et la violence que portait si gratuitement ce garçon avec son t-shirt m’avaient paralysé et rendu très triste. J’avais peine à croire que de tels sentiments puissent être à ce point banalisés, rendus aussi anodins alors qu’ils sèment implicitement les graines de l’intolérance, de l’ignorance, de l’incompréhension et de la peur.
Au GRIS, en luttant contre l’homophobie, c’est fondamentalement le produit de ces semailles que nous combattons.
Lors de cette intervention, il aurait été facile d’amorcer la conversation avec la classe en relevant le message que le vêtement signalait. Ma collègue et moi avons tacitement convenu de n’en rien faire. Il ne fallait pas mettre le garçon sur la sellette. Et la menace sur le t-shirt n’était peut-être qu’une coïncidence sans préméditation. Pour certains jeunes, les icônes de violence sont parfois davantage des éléments de mode que des symboles de revendication idéologique chargés de sens.
Je me souviendrai pourtant de cette intervention comme l’une de mes préférées. Julie et moi avons d’abord brièvement raconté l’histoire de nos vies, parlé de nos joies, de nos peines, de nos réalisations. Nos expériences humaines ont alors commencé à trouver un écho, une résonance auprès de celles des jeunes. Ils sont devenus de plus en plus intéressés, allumés et l’atmosphère de plus en plus animée et électrique. Les questions se sont mises à fuser. Nos réponses ont étonné par leur simplicité et déstabilisé par leur franchise. Et il y a eu beaucoup d’humour! Du coup, nous sommes devenus simplement une fille et un gars semblables à celles et ceux qui nous écoutaient. Notre orientation sexuelle n’a plus été qu’une caractéristique humaine parmi mille autres. Le garçon au t-shirt, pris au jeu, s’est risqué à tester quelques-uns de ses préjugés et à nous poser ses questions. À la fin de la période, plusieurs élèves sont venus nous remercier, nous serrer la main et nous dire combien ils avaient apprécié notre présence. Le jeune au t-shirt était de ceux-là. »