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Histoires de personnes trans – Éric

0 17 novembre 2020

Ce témoignage est extrait du guide" La transphobie c'est pas mon genre" 

Moi c’est Éric, j’ai 24 ans je suis français et je suis arrivé au Québec en 2017. Je n’utilise pas trop d’étiquettes pour me définir, car ça n’a pas une grande importance pour moi. J’aime bien utiliser juste trans ou gars trans à la rigueur. Je suis étudiant communication et passionné de cuisine. Je fais du roller de vitesse et du patin à glace mais je n’y connais toujours rien au hockey...

Globalement tous mes amis et ma famille savent que je suis trans et ça se passe très bien. Cela m’a beaucoup aidé que ma famille m’accepte aussi bien. J’ai commencé ma transition médicale avec la prise de testostérone en 2017 et c’est aussi cette année-là que j’ai commencé à utiliser des pronoms masculins comme « il » et mon prénom choisi, Éric. 

Es-tu souvent confronté au mégenrage? 

Aujourd’hui ça ne m’arrive plus très souvent, mais oui, ça m’est arrivé beaucoup dans la première année de ma transition. Avec mes amis ça s’est super bien passé, ils ont réussi à utiliser très rapidement les bons pronoms et le bon prénom. Mon chéri de l’époque a été hyper soutenant. Ma maman et ma soeur ont très bien suivi les changements aussi !

Au sport, par contre, ça a pris plus de temps. Je jouais dans une équipe de roller de vitesse à un haut niveau depuis quelques années. Avant ma transition, mon équipe était un peu ma famille choisie, mon sport était vraiment un endroit où je me sentais valorisé et important. C’était mon espace de liberté ou je me sentais bien.

Quand j’ai commencé à utiliser des pronoms masculins, la plupart des gens de l’équipe ont eu du mal à s’y faire. Ça a pris presque deux ans à certaines personnes pour réussir à utiliser «il». Pourtant c’était des gens avec qui je passais entre 6 et 8 heures par semaine. Après quelques mois, j’ai fini par me sentir très seul et un peu marginal au milieu de cette équipe de 25 personnes. J’avais l’impression de n’avoir aucune valeur aux yeux des autres.

J’ai nié pendant longtemps que le mégenrage me blessait, par fierté mal placé je pense. Je ne voulais pas déranger, ne pas avoir l’air de « chialer pour rien ». Alors, je laissais faire. Les premiers mois, quand des coéquipier.es me désignaient au féminin, je le prenais à la rigolade et je disais que ce n’était pas grave. Je pensais vraiment que ces personnes essayaient de s’y faire et qu’il leur faudrait juste un peu de temps. Puis après quelques mois j’ai remarqué que leurs erreurs étaient juste de la négligence et du désintérêt complet. Probablement, car pour elles, ces histoires de transitions n’avaient rien de sérieux. Bref, les choses ne changeaient pas et je commençais à trouver la situation humiliante et très déprimante. J’avais de plus en plus de mal à aller à mes entrainements et du mal à interagir avec les autres.

Ce qui est dur avec le mégenrage, c’est que ça cause comme une petite blessure discrète qui s’installe progressivement. Un peu comme une tendinite ou une carie. Tu ne vois rien venir et le jour où tu t’en rends compte, c’est presque déjà trop tard, il reste plus qu’à réparer les dommages ! 

As-tu déjà pensé abandonner le sport? 

Oui ! Vraiment. J’ai pensé abandonner pour me protéger. Il y a un moment où je n’étais plus capable. Le mégenrage créait des malaises gênants quand quelqu’un m’appelait « elle » devant tout le monde. J’avais l’impression d’être devenu le « weirdo » dans mon équipe. Je trouvais que je ne fittais plus dans le décor et je craignais vraiment le rejet de mes pairs.

Sans m’en rendre compte j’ai développé de l’anxiété. Au début je confondais ça avec le stress et je n’y prêtais pas vraiment attention. Puis les crises de panique sont apparues dans ma vie et à ce moment-là, j’ai fini par réussir à me forcer à faire une pause dans ma carrière sportive. J’ai une vie assez stressante donc je ne pense pas que mon anxiété soit 100 % due au mégenrage, loin de là. Mais il est possible que perdre le sentiment d’être à ma place dans l’activité que j’aimais le plus ait vraiment contribué à dégrader mon bien-être.

Aujourd’hui je suis revenu à mon sport dans un autre état d’esprit. Je n’ai pas de rancoeur vis à vis des personnes qui m’ont motivé à quitter l’équipe. J’essaye de me faire un nouveau départ en me concentrant sur mes objectifs sportifs. 

Puis à l’école? 

Ce qui est drôle, sans être drôle, c’est que mon histoire dans le sport ressemble vraiment à une partie de mon histoire avec le secondaire. Je ne savais pas que j’étais trans à ce moment-là et je ne savais même pas que les personnes trans existaient, en fait !

À l’école je me suis toujours senti différent des autres. Je n’avais pas les mêmes intérêts, je n’écoutais pas la même musique, etc. Je ne me faisais pas trop intimider physiquement, car j’étais quand même grand pour mon âge, ça devait aider, mais par contre je recevais beaucoup de moqueries et d’insultes de la part des autres élèves. Certaines fois ils me jetaient des boulettes de papier ou des graviers quand j’arrivais à l’école. J’aimais le concept de l’école, car j’ai toujours aimé apprendre, mais j’aurais vraiment préféré l’école sans les élèves ! En me faisant mégenrer en tant qu’adulte, des fois ça ramène des émotions similaires à cette époque-là, pas trop l’fun. Le sentiment d’être seul, d’être différent, d’être invisible.

Sinon aujourd’hui j’ai réussi à développer un meilleur lien avec l’école en retournant à l’université. L’université où je vais me permet d’utiliser mon prénom, même si mes papiers ne sont pas changés et ça a vraiment été un facteur déterminant pour me permettre de retourner étudier. Aujourd’hui ça va vraiment mieux, depuis ma mastectomie (chirurgie pour retirer la poitrine) je ne me fais plus trop mégenrer. Me faire opérer m’a vraiment aidé à mieux m’accepter physiquement et à me faire mieux accepter par les autres. Mon physique est aujourd’hui plus masculin grâce à la testostérone, les personnes que je rencontre s’adressent généralement à moi au masculin. C’est assez libérateur émotionnellement.

Aujourd’hui je suis vraiment optimiste pour mon avenir. Je pense que le plus dur de ma transition est derrière moi. Je suis vraiment bien dans mon corps aujourd’hui et dans ma tête. La transition c’est un parcours challengeant mais aussi super instructif sur moi-même, je pense que cette expérience de vie m’aide à devenir un meilleur adulte, tolérant et résilient.

Vous voulez découvrir plus d'histoires inspirantes ? Jetez un coup d'oeil à notre guide " La transphobie c'est pas mon genre"

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