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Histoires de personnes trans – Adonis

0 3 novembre 2020

Ce témoignage est extrait du guide " La transphobie c'est pas mon genre"

Mon nom est Adonis, je suis une personne agenre non binaire (donc je ne m’identifie à aucun genre), AFAB (assigné.e femme à la naissance). J’ai 25 ans et j’utilise les pronoms « elle » en français et « they/them » en anglais. J’étudie en sexologie à l’université, et je travaille en intervention auprès des personnes de la communauté LGBTQ+. J’aime beaucoup collectionner des bandes dessinées !

Je suis out dans mon environnement social et académique/professionnel. Pour ce qui est de la famille, je n’en ai jamais encore vraiment parlé, à part à ma soeur (qui a été très acceptante) parce que je n’en ressens pas nécessairement le besoin. Je suis confortable avec la perception que ma famille a de moi. À part une transition sociale en 2017, je n’ai pas envie d’entamer une transition médicale (hormones, chirurgies...) ou légale (changement de nom ou de mention de genre). Le simple fait que mon entourage utilise des pronoms et accords neutres me satisfait.

Comment as-tu pris conscience de ta non-binarité ?

À 15 ans je me suis penché.e sur la question de genre et j’ai commencé à réfléchir sur mon identité de genre. Je me suis identifié.e comme bigenre (plus précisément « demigirl » : un peu femme et un peu autre chose) pendant quelque mois, pour ensuite refouler la question. Je me suis convaincu.e que j’étais une femme cis parce que la question d’identité de genre me rendait anxieux.se.

Rendu.e à l’université, j’étais entouré.e de personnes non-binaires ou en questionnement sur leur identité de genre. Ce sujet est devenu de plus en plus familier. J’ai ensuite rencontré une personne non-binaire AMAB (assigné.e homme à la naissance) ayant une expression de genre très masculine. J’ai eu beaucoup de discussions avec cette personne au sujet de l’identité de genre et mes questionnements quant à ma propre identité ont resurgi ! J’ai commencé à réfléchir sur le genre et l’identité de genre et je me suis vite rendu.e compte qu’en fait je ne me ressentais dans aucun genre. Je ne me reconnaissais pas, ni dans la définition d’une femme ni d’un homme. Je m’identifie comme une personne agenre, c’est-à-dire une personne qui ne s’identifie à aucun genre ! Mon ami.e m’a aussi permis de voir qu’une personne non-binaire n’est pas obligée d’avoir une expression de genre neutre/androgyne. J’ai donc réussi à comprendre que mon rejet des normes de genre et d’identité de genre ne nécessitait pas un changement physique de mon image. Je pouvais très bien être une personne féminine et agenre !

Es-tu bien accepté.e par ton entourage?

La première personne à qui j’ai dévoilé ma non-binarité (autre que mon ami.e) a été ma blonde. Je lui ai dit que je pensais peut-être être une personne non-binaire et que je ne me reconnaissais pas dans l’identité femme. La discussion ne me faisait pas vraiment peur, mais une petite voix dans le fond de ma tête me disait que ma blonde allait me laisser, qu’en tant que lesbienne elle ne pourrait plus m’aimer, etc. Finalement ma blonde a été une des personnes les plus réceptives face à mon dévoilement, elle m’a tout de suite demandé mes pronoms et les termes que je voulais qu’elle utilise pour parler de moi. Ça m’a fait chaud au coeur et je me suis senti.e validé.e dans ma relation.

Le reste de ma vie n’a vraiment pas changé, je continue de faire les mêmes activités que je faisais et je continue de voir les mêmes personnes. Les seules choses qui ont changé sont mes pronoms en anglais à la fin de mes courriels.

Et, en tant que personne non-binaire, est-ce que les personnes te mégenrent ?

Je me fais tout le temps mégenrer ! Je suis une personne qui a une expression de genre quand même très féminine dans mon habillement (maquillage, vêtements, etc.) donc les gens assument que je suis une femme cisgenre et m’appelle « madame » ou « mademoiselle ». Seul mes ami.es et mon entourage proche ne me mégenrent pas, puisqu’iels connaissent mon identité de genre. Ces situations où mon identité en tant que personne agenre/non-binaire est invisibilisée me font sentir comme si je n’étais pas « assez » non-binaire : je me dis souvent que les gens se trompent à cause de mon expression de genre et que si j’avais une expression de genre plus androgyne cela arriverait moins. Je me sens invisible et inadéquate dans mon identité lorsque les personnes me mégenrent.

Lorsque les personnes m’appellent par des formules féminines, je les rectifie en leur demandant de m’appeler par mon prénom à la place (exemple : Adonis aime les romans graphiques). Dépendamment des situations, je vais aussi rectifier les personnes qui n’utilisent pas les bons pronoms (en anglais surtout). Par contre, je ne le fais pas tout le temps parce que je ne me sens pas toujours en sécurité de le faire. Si je ne me sens pas à l’aise de dévoiler mon identité de genre dans un contexte, je ne vais pas rectifier les personnes. En plus, rectifier et corriger les gens autour de moi devient facilement épuisant.

Mes ami.es ont fait beaucoup d’efforts pour ne plus me considérer comme « femme » et vraiment voir la distinction entre mon expression de genre et mon identité de genre. Parfois, iels se trompent encore, mais le remarquent d’elleux même et s’excusent. Un exemple que je peux donner est l’exemple de ma blonde : elle m’appelait sa copine/sa blonde/her girlfriend. Lorsque je lui ai demandé de ne plus utiliser ces termes et plutôt utiliser les termes partenaire/partner, elle a fait des efforts pour se corriger elle-même à chaque fois qu’elle se trompait et maintenant elle ne fait plus d’erreur !

Quand je serai grand.e, je voudrais pouvoir sensibiliser les gens aux réalités trans et non-binaires pour normaliser ces questionnements ! Je pense qu’il est important que les jeunes puisent se sentir à l’aise d’avoir ce genre de réflexion et puissant en parler sans avoir peur !

  Vous voulez découvrir plus d'histoires inspirantes ? Jetez un coup d'oeil à notre guide " La transphobie c'est pas mon genre"                

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