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Histoires de personnes trans – Yaël

0 7 janvier 2021

Ce témoignage est extrait du guide" La transphobie c'est pas mon genre"

Moi c’est Yaël, je suis un gars trans (FtX) j’utilise le pronom « il », j’ai 24 ans et je suis out auprès de mes ami.e.s et de ma famille. Je vis à Lyon en France et je suis né à Paris.

J’ai fait une licence (baccalauréat) d’anthropologie puis j’ai commencé un master (maîtrise) d’étude sur le genre et les discriminations, que j’ai arrêté quelques mois après, à cause de la transphobie notamment du corps enseignant. Après un service civique dans une association de lutte contre le sida (ALS) et quelques emplois « alimentaires », j’ai commencé un CAP (DEP) en ébénisterie en octobre 2019. J’ai commencé mes démarches de transition fin 2013, quelques mois après mon coming out. En 2020 je vais fêter mes 6 ans d’hormones, 5 ans depuis ma mastectomie et 5 ans depuis mon changement d’état civil (nom et mention de genre) !

Comment ça se passe en milieux pro pour toi en tant que personne trans?

Je ne suis pas out en tant que personne trans dans mon école d’ébénisterie, malgré le fait que j’ai pratiquement toujours été out dans mes études et emplois précédents. Avant de devenir ébéniste, j’ai toujours été entouré de personnes qui étaient soit concernées par une des lettres LGBT, soit par des amies qui connaissaient ces sujets et avec qui je me savais en sécurité.

Depuis 2 ans, je travaille dans un environnement avec une majorité d’hommes cisgenres et hétéros. De base, j’ai du mal à rentrer en interaction avec les mecs cis-het et je ne me sens pas vraiment en sécurité dans cet environnement. Je pense que mon avenir professionnel pourrait être menacé si mes collègues apprenaient que je suis trans. Et je craindrais aussi pour ma sécurité.

J’ai préféré choisir de dire que j’étais gai, car je sors en ce moment avec un gars de toutes façons. J’ai eu toutes sorte de réactions, de ceux qui ne réagissent pas, aux questions déplacées, jusqu’aux propos violents comme : « moi d’habitude les pédés* je leur casse la gueule, mais t’inquiète, toi, je t’aime bien ». Partant de là j’ai estimé que c’était plus prudent de ne pas dire que j’étais trans ! En France, la violence et la haine sont très vives contre les personnes trans. Presque tous les jours, au moins une fois par jour j’entends une « blague » sexiste, raciste, homophobe ou transphobe, évidement tout le monde rigole et parfois en rajoute ! J’ai pris le parti d’arrêter d’essayer de débattre avec eux à ce moment-là, puisque ça ne fonctionne pas et me fatigue pour rien.

Me « cacher » comme ça a été une décision assez difficile à prendre et à vivre, car le fait d’être trans et d’être visible en tant que tel a toujours été important pour moi. Je n’ai pas honte d’être trans et je n’ai pas pour but « d’avoir l’air cis ». C’est épuisant au quotidien d’interagir avec des mecs cis et de jouer le rôle du mec cis. Enfin, au moins ça permet de rester en un seul morceau!

Et sinon, tu as déjà subi du mégenrage?

Au début de ma transition, en 2013, je me faisais mégenrer assez régulièrement. « Bonjour madame »/« Bonjour jeune fille », etc. Au lycée (cégep) certains profs bienveillants utilisaient mon nom, Yaël, d’autres par contre préféraient utiliser mon nom de naissance, car ils trouvaient ça trop compliqué pour eux. Je me souviens, je me sentais honteux, énervé, triste et j’avais l’impression que je n’arriverais jamais à être reconnu pour qui je suis. Je me sentais vraiment seul et isolé. Pour moi changer mes papiers a vraiment été une priorité, j’avais besoin d’aller de l’avant, de laisser cet ancien nom derrière moi. Étant un peu androgyne, j’ai eu la chance d’avoir rapidement une allure plus masculine grâce aux hormones, donc le mégenrage s’est vite arrêté, heureusement.

Vers quelles ressources t’es-tu tournés à cette époque?

À cette époque-là, j’ai trouvé du réconfort auprès d’assos de lutte pour les droits des personnes trans, ça m’a permis de parler avec des gens qui vivaient les mêmes choses que moi. Le premier endroit où j’ai pu vraiment exprimer mon genre et rencontrer des personnes trans, c’était à une rencontre de groupe chez Chrysalide, une asso à Lyon. C’est une étape assez importante de ma vie qui m’a beaucoup aidé. Après avoir commencé ma transition et en étant plus à l’aise avec mon genre et ma sexualité, ça m’a paru normal et important d’accueillir d’autres jeunes trans et de militer pour nos droits.

J’ai été dans plusieurs associations, une association d’accueil et d’accompagnement (Chrysalide), j’ai cocréé une asso étudiante qui avait pour projet de mettre en avant les travaux de chercheurs queers et les personnes queer (Les Unvisibles de Stonewall), j’ai fait partie d’une association festive (Bonnie and Clit), d’une asso féministe au sein de laquelle je donnais des formations destinées au personnel médical sur les personnes trans (Frisse) et du du centre LGBTI de Lyon. Toutes ces assos n’étaient pas spécifiquement destinées aux personnes trans, mais laissaient la place aux personnes concernées pour avoir la parole.

Ça fait un an que j’ai un peu quitté les milieux associatifs et militants car c’était très chronophage et moralement fatiguant. Mais le militantisme reste quelque chose de très important pour moi et j’y reviens toujours ! Après des années d’activisme, aujourd’hui je prends un peu plus de temps pour moi et pour fabriquer un avenir que pendant une époque j’ai cru incertain.

* « pédé » est un terme familier souvent utilisé en France pour désigner les hommes gais. Il est souvent péjoratif.

Vous voulez découvrir plus d'histoires inspirantes ? Jetez un coup d'oeil à notre guide " La transphobie c'est pas mon genre"

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