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À la rencontre de Karima et de Robert

1 22 avril 2021

Dans le cadre de la semaine de l’action bénévole qui a lieu en avril, nous avons voulu mettre la lumière sur nos bénévoles, les plus grand·es allié.es du GRIS. Sans leurs précieux témoignages, il nous serait impossible de mener à bien notre mission de démystification des orientations sexuelles et des identités de genre. Nous avons la chance au GRIS d’avoir à nos côtés des bénévoles extrêmement fidèles. Certain·es s’impliquent avec nous depuis plus de 20 ans déjà et d’autres rejoignent annuellement notre grande famille. Chaque mois, nous vous présenterons un portrait croisé de deux bénévoles aux différents parcours, mais qui partagent le même engouement pour le GRIS.


Dans le portrait de ce mois, on retrouve Robert Pilon un de nos plus anciens membres, qui a intégré le GRIS en 1999. Engagé et passionné, il a été intervenant, formateur, coordonnateur, vice-président et président du GRIS durant de nombreuses années. Aujourd’hui encore, il continue à s’impliquer dans les différents comités de l’organisme. Arrivée un peu avant la pandémie, Karima Aliouat n’a pu faire pour l’instant que des interventions en virtuel. Dynamique et très enthousiaste, elle ne dit jamais non lorsqu’il s’agit de rencontrer et de discuter avec les jeunes.


Présentez-vous comme vous faites en intervention ?

Robert : je m’appelle Robert, je suis gai, j’ai 53 ans et je suis le bébé d’une famille de 3 enfants. J’ai grandi dans la maison familiale à Laval, avec mes parents et mes deux grandes sœurs. C’est d’ailleurs dans cette maison que j’ai fait mon coming out à mes parents et à ma grande soeur, à l’âge de 19 ans, lorsque je suis tombé en amour avec un étudiant français en échange dans mon programme à l’université. Je ne l’ai jamais fait à ma deuxième sœur parce qu’elle a une déficience intellectuelle et j’ai cru à tort qu’elle ne comprendrait pas. Mais j’ai su plus tard qu’elle comprenait beaucoup plus de choses que ce que je pensais. Je suis marié à Serge depuis 2008 et cela fait 31 ans que nous sommes ensemble. Dans la vie, je suis réalisateur pour la chaîne Artv de Radio-Canada et à part travailler et être bénévole pour le GRIS j’aime beaucoup faire du sport.

Karima : moi c’est Karima ! Je suis une femme lesbienne de 48 ans, je suis maman de 4 enfants : trois filles et un garçon. Je suis née en France que j’ai quittée il y a 21 ans maintenant. J’ai fait pas mal d’études dans ma vie. J’ai été éducatrice et j’ai enseigné le français pendant 10 ans. J’ai repris des études il y a trois ans en massothérapie. Jusqu’à la pandémie, j’exerçais principalement auprès de personnes âgées. J’ai vécu 14 ans avec le papa de mes enfants, Jean. On s’est séparé il y a cinq ans parce que je lui ai annoncé que j’étais lesbienne. J’ai toujours ressenti que j’étais lesbienne, mais comme je suis d’origine algérienne, je viens d’un milieu religieux où on ne parlait ni d’homosexualité ni même de sexualité ou encore moins des femmes. Toute la place était donnée aux hommes. Je me suis battue pour revendiquer ma place de femme, alors penser à mon orientation sexuelle c’était un luxe pour moi. J’ai donc suivi un schéma traditionnel qui était d’être avec un homme. Sinon j’ai fait trois marathons dans ma vie dont je suis très fière et je suis ceinture noire de karaté, que j’enseigne à des groupes contre l’intimidation, dans l’école de mes enfants.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir bénévole au GRIS ?

Karima : un jour, je cherchais des livres dans une librairie quand je suis tombée sur l’ouvrage Modèles recherchés : l’homosexualité et la bisexualité racontées autrement. Ce n’est que récemment que j’ai fait le lien avec toi, Robert en me rendant compte que tu l’avais écrit ! J’ai acheté ce livre alors que j’étais toujours avec le papa de mes enfants. Je le cachais et ne le lisais que lorsque j’étais seule. Les histoires racontées me bouleversaient ou me faisaient rêver. C’est dans ce livre que j’ai appris l’existence du GRIS. Ce n’est que lorsque je me suis séparée que j’ai senti qu’il était temps pour moi de m’impliquer. En 2019, j’ai enfin assisté à la réunion d’information et j’ai su que j’avais ma place au GRIS.

Robert : mes parents étaient très pratiquants et ils se sont toujours beaucoup impliqués bénévolement dans la communauté. Donc pour moi, faire du bénévolat pour aider les autres c’était évident. Je suis allé aux journées communautaires en 1999 et à l’époque le GRIS avait une petite table sur la rue. Je me suis intéressé à ce qu’iels faisaient et je suis allé aux rencontres d’informations. J’ai senti que je pouvais contribuer à quelque chose de très important.

Qu’est-ce qui vous a marqué durant votre première intervention ?

Karima : la richesse et la pertinence des propos des jeunes. Ça m’a beaucoup touché. Un élève de secondaire m’a demandé durant l’intervention : « mais moi comment je fais si je suis croyant et homosexuel ? » J’ai senti tout le poids de son interrogation. Je suis généralement très touchée par la parole des jeunes parce qu’elle est vraie et authentique. Pour l’instant, je n’ai fait que des interventions en virtuels et je retrouve à chaque fois une certaine candeur liée à la volonté de jeunes de comprendre les non-dits et ce que la société n’explique pas clairement.

Robert : je me rappelle surtout des moments qui m’ont marqué, comme la fois où je suis retourné à mon école secondaire ou lorsqu’on allait dans les écoles avant que ces dernières ne soient déconfessionnalisées. On devait y aller incognito, car la commission scolaire ne voulait pas que l’on vienne, mais les professeur.es nous invitaient quand même. Mais je me souviens surtout de ma première observation. Je trépignais sur ma chaise parce que je voulais répondre aux questions. En même temps, j’observais l’intervenant et je me disais que je ne pourrais pas être aussi bon que lui. Il était tellement impressionnant d’aisance et d’ouverture. Pour moi c’était vraiment tout un art et j’avais très hâte d’être à sa place.

En 20 ans, comment ton implication au GRIS a-t-elle évolué Robert ?

Robert : j’ai intégré le GRIS en 1999 et nous étions seulement une trentaine de bénévoles. Tout était à faire que ce soit en termes d’intervention ou la manière dont on se présentait au monde dans les médias, sans parler de la recherche et de la publication de guides. C’était passionnant parce qu’il y avait plein de nouveauté tout le temps. Je suis rapidement devenu coordonnateur de la communication et j’ai intégré le conseil d’administration dont je suis devenu vice-président. En 2003, je suis devenu président du GRIS, fonction que j’ai occupée pendant presque 10 ans. Tous les aspects de l'organisme m’intéressaient et m’intéressent encore aujourd'hui. C’est pour cela que je continue à m’impliquer. Mon chum me dit que je passe toutes mes soirées en réunion, mais ça me plaît toujours autant.

Peut-on comparer les interventions d’avant à celles d’aujourd’hui ?

Robert : je dirais qu'avant, certains jeunes manifestaient leur homophobie sans aucune gêne durant les interventions en classe et les autres élèves n’osaient rien dire par peur des répercussions. Aujourd’hui on n’entend quasiment plus de remarques ou de questions à caractère homophobes et si ça arrive, il y’a toujours un autre jeune dans la classe qui va remettre la personne à sa place. C’est la grande différence !

Karima : je me demande si cela ne s’explique pas par la représentation grandissante de l’homosexualité dans les médias. Mes ados regardent des séries et c’est devenu l’exception de ne pas avoir de couple LGBT+. Ça marque leur inconscient collectif et je pense que cela aide beaucoup à normaliser le tout.

Robert : tu as tout à fait raison, même si j’aime à croire que nous y avons également contribué en semant des graines d’ouvertures d’esprit chez les jeunes que nous avons rencontrés grâce au GRIS.

Des appréhensions à l’idée de donner des interventions en classe Karima ?

Karima : j’ai surtout soif de pouvoir y aller en personne. Je trouve que c’est un très grand privilège que celui de me donner la parole et j’essaie de bien l’utiliser. J’ai des choses à dire et j’ai vraiment hâte d’être en classe.

Robert : je suis sûr que tu vas être parfaite. J’ai hâte que tu puisses y aller bientôt pour que les élèves t’écoutent et ça me plairait beaucoup d'intervenir avec toi ! Pour l'instant je n’ai pas encore fait d’intervention virtuelle, mais tu verras que les échanges que tu auras avec les jeunes à la fin c’est un moment très touchant.

Karima : j’imagine bien ! Le virtuel me permet d’établir rapidement une connexion avec la classe, mais pas avec l’élève directement. Des fois, la prof fait venir devant la caméra les élèves qui ont une question et je sens une certaine intimité. Mais je suis sûr que ça va être encore plus fort en personne.

Les bénévoles du GRIS ont une anecdote marquante d’intervention. Quelle est la vôtre ?

Robert : je me rappelle encore d’un jeune qui nous avait écrit après une intervention « merci d’avoir enlevé la haine que j’avais des gais ». Je me disais « on a fait ça nous deux ? On a pu désamorcer la haine de quelqu’un » ? J’en suis encore ému rien que d’y penser. Quand on se rend compte que notre parole a un effet, c’est vraiment quelque chose qui nous marque à vie.

Karima : de mon côté, c’est le cri du cœur d’un jeune durant une de mes interventions qui m’a le plus marqué. Il réagissait à l’histoire d’un épisode homophobe vécu par un intervenant. Il était outré par la situation et il n’a pas pu s’empêcher de le faire savoir.

Si vous aviez reçu la visite du GRIS plus jeune, qu’est-ce que vous auriez aimé savoir ?

Robert : j’aurais été terrorisé. Si j’avais su que des personnes LGBT+ allaient venir nous parler en classe, je pense que j’aurais eu la peur de ma vie que quelqu’un fasse un rapprochement. Je n’aurais pas parlé pour que personne ne me remarque. Mais peut-être que ça m’aurait permis de me rendre compte que je n’étais pas seul.

Karima : moi j’aurais tellement aimé avoir la visite du GRIS parce qu’à cet âge, je n’avais jamais entendu le mot homosexualité. C’est à 20 ans que j’ai eu mon premier baiser avec une femme, et je ne savais pas quoi faire. Cela m’a troublé et j’étais totalement perdue. J’ai passé mon temps à refouler mes sentiments et je pense que le GRIS m’aurait aidé à ne pas ressentir cette honte qui m’habitait à l’époque. Celle d’aimer quelqu’un du même sexe que moi. J’ai perdu énormément de temps à me cacher. J’aurais fait les choses différemment si j’avais su et ça m’aurait évité pas mal de souffrances aussi.

L’avenir du GRIS pour vous ce serait ?

Robert : on s’est toujours dit que le futur du GRIS c’est qu’il disparaisse un jour. Cela voudrait dire que notre mission a porté ses fruits et qu’on n’a plus besoin de nos services.

Karima : un peu comme la relation parent-enfant. Le but c’est que l’enfant parte un jour de la maison !

Robert : j’imagine que l’enfant ne part jamais même s’il quitte le nid familial.

J’ai assisté à l’évolution du GRIS et au début, nous étions seulement les gais et les lesbiennes, ensuite il y’a eu l’intégration des bisexuel·les et plus récemment des personnes trans. Je pense que partager le vécu grâce au témoignage ne disparaîtra pas de sitôt. C’est la base de l’humanité de partager, d’écouter puis d’apprendre. Qu’en penses-tu Karima ?

Karima : je suis d’accord avec toi. Je me dis que dans l'avenir, ce serait intéressant pour le GRIS de faire des interventions auprès des professeur·es. Quand je parle à une classe, je me dis que je suis devant un prof qui veut peut-être faire son coming out ou qui est extrêmement homophobe. Et pourquoi ne pas intervenir auprès des personnes itinérantes qui ont aussi une sexualité et une orientation sexuelle. On peut facilement les atteindre parce qu’iels recherchent aussi cette discussion. Pour moi c’est une façon de reconnaître leur humanité.

Robert : C’est une belle idée en effet !

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Pierre Major - 25 April 2021

Bonjour, Échange intéressant. Ça m’a donné envie de refaire des interventions. À bientôt.

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